Rouen MariTeam

- - - - - - -

Le naufrage du chimiquier Ievoli Sun en octobre 2000, celui de l'Erika, pétrolier, en décembre 1999 sont les révélateurs de l'état du transport maritime international.

Cette page et les documents qui s'y greffent répondent de manière particulière à l'appel du Radiophare à la création de la base de donnée MariTeam. Notre point de départ sera le port maritime de Rouen. Je vous invite à voir comment nous allons procéder.

Dialogues sur l'achèvement des temps modernes

[fragment 1]

Ziffel

N'allez pas croire que j'aie quelque chose contre les conversations sur la pluie et le beau temps. Je trouve qu'elles commencent même à devenir très intéressantes. Quand les pluies et les nuages toxiques, ou le soleil cancérigène, font partie des signes annonciateurs de la fin d'un monde, chacun en voyant le temps qu'il fait est amené à se demander quelles fautes il peut bien avoir commises.

Kalle

Il n'est pas mauvais en effet que les hommes se sentent responsables de tout ce qui leur arrive. Sauf si ça les empêche de voir que certains sont plus responsables que d'autres. Dans un roman que j'avais lu après la guerre, un personnage disait qu'il n'y avait pas de mystère, il y avait seulement des salauds. Et quand on lui demandait qui étaient les salauds, il répondait que pour celui qui ne le sait pas il n'y a aucun espoir, car c'est la seule chose qu'on n'apprend pas par les autres.

[fragment 2]

Ziffel

Et puis, si nous ne prenons pas notre programme au sérieux, qui le fera ?

Kalle

Ce que je préfère, c'est tout de même l'idée que nous tenons à notre époque comme le pendu tient à sa corde : elle nous serre de près, mais va-t-elle craquer avant de nous avoir tout à fait étranglés ? Nous savons que nous sommes encore vivants, un point c'est tout. En revanche, je trouve maladroite votre façon de proclamer qu'il nous faut savoir accorder toutes sortes de qualités ou de capacités contradictoires. Je vois à quoi vous pensez : à l'ancien projet d'un « homme total » qui ne serait asservi à aucune spécialisation ni à aucune appartenance irrévocable à une communauté préétablie. Ce n'est pas moi qui vous reprocherai de rester fidèle à ce projet. La production de leurs conditions d'existence par les individus associés est sans doute un but lointain, mais encore plus lointaine qu'un but lointain est l'absence de but. Pourtant l'affirmation de ce but lointain est mauvaise si elle nous empêche d'aller au plus pressé. Comme vous le disiez vous-même, quand on a le cul dans l'eau, on a mieux à faire qu'à penser aux avantages du chauffage central...

Ziffel

En l'occurrence ?

Kalle

Défendre en priorité, contre la mascarade de la « créativité », des « expériences » et des « styles de vie » indéfiniment renouvelables, cette simple vérité que dans le cours d'une vie un individu ne peut guère acquérir et développer réellement qu'un nombre très restreint de capacités créatives ou de savoir-faire particuliers.

Jaime Semprun, 1993

Rouen MariTeam pratique

Où sommes-nous ?

À trois méandres de l'estuaire de la Seine s'ouvrant largement sur la Manche. De près ou de loin, nous aurons par moment les yeux tournés vers les navires entrant et sortant de ces eaux fluviales et salées qui chahutent les quais et bassins.

Des yeux pour quoi faire ?

Pour regarder et donner à voir. Croiser nos regards. Mais aussi pour décrire le plus précisément possible.

Que décrire ?

Bien les navires pardi ! Mais certainement un peu plus : tiens, cette semaine l'Aldaste (Portugal, 93 mètres) venant de Tarragone est entré au port. Il vient décharger de la soude pour Océangrais. Il pourrait être intéressant de décrire l'état du navire et sa destination prochaine, certes, mais aussi d'approcher son équipage, d'en connaître un peu plus sur comment et par qui s'exerce le déchargement, quelle utilisation en sera faite, etc. Bref, retrouver les hommes derrière les activités qu'ils déploient.

Eh ! On ne se disperse pas un peu là ?

Non, l'objet est précis : un navire à Rouen maritime. Mais n'étant ni en lévitation, ni une coquille vide, c'est bien un navire en situation qui nous intéresse et son pourquoi. Gageons, sans illusion, que les différents éclairages que nous apporterons en modifie le profil

Sans illusion, certes, mais n'est-ce pas trop ambitieux ?

Oui, mais tentons le pari. L'outil internet, qui de manière dominante est utilisé pour toutes sortes de "e-" futiles mais pauvrement enrichissants, peut être, là, d'un grand secours. Ce qui prendrait des vies à réaliser peut être "aisément" mis en commun. Ce pari, s'il n'est pas gagné, ici, en suscitera d'autres, lors nous poursuivrons

"Poursuivrons" : pourquoi toujours cette troisième personne du pluriel ?

Nous ne nous sastiferons pas d'une réponse rimbaldienne en guise de pirouette - quoique ! Pourtant, et c'est bien le premier pari, nous pensons bien être plus de deux à participer à Rouen MariTeam. Tiens, par exemple, pourquoi pas vous qui lisez ces lignes ? Alors le "je" toujours présent s'évanouit un peu.

Participer ? en voilà une question !

Qui effectivement mérite réponse. Aucune condition n'est posée au préalable, ni sur qui vous êtes - ce serait un comble, ni sur votre "port d'attache", ni sur les observations et témoignages que vous apporterez et les formes qu'ils prendront. Toutefois, que vous soyez marins, ouvriers, flâneurs, poëtes ou rien de tout cela, il nous importe que vous donniez, seulement, un peu de vous-même. Ici, aucune donnée objective ne nous intéresse, c'est bien son sujet.

Les formes ? Mais le projet de base MariTeam n'est-il pas de forme photographique ?

Oui, mais nous l'avons mal lu ! Ou du moins, nous insistons sur les légendes qui accompagnent ces images. C'est l'angle que nous adoptons. Nous serons, par contre, heureux d'apprendre que d'à partir du même lieu - Rouen port maritime - d'autres contributions parviennent directement pour garnir la base MariTeam.

Ah oui ! Mais pourquoi cette page ? Pourquoi ne pas contribuer directement ?

Oh, il y a à cela plusieurs raisons. Faire correspondre à un lieu physique un point d'ancrage sur le net en est une. Ne pas attendre qu'une base soit toute prête avant de poser nos premiers jalons. Laisser entrevoir une manière d'agir. Puis, en scrutant au loin, s'émouvoir du fragile scintillement de balises posées ici ou là - nous avons entendu parler de Lorient, Brest, Nantes - et de leur envoyer le nôtre.

Mais alors, MariTeam est fragile ?

Non, puisqu'elle n'est pas née. Mais, dès qu'elle donne les premiers signes de vie : soignons-la !

Christian Domec, le 18 novembre 2000

Pour aller plus loin...

En attendant la mise en place d'outils coopératifs, prenez contact à l'adresse : mariteam@roseau.org

(à suivre...)

[haut-de-page]


Une production du roseau : webmestre@roseau.org.

ce site est hébergé sur ouvaton.coop, hébergés-hébergeurs- les penchants du roseau